vendredi 23 novembre 2012

La dictature de l'émerveillement

J'ai eu globalement de la chance. Je ne suis pas arrivée seule, mais (très) bien accompagnée. Les démarches à la police fédérale se sont bien passées, on a trouvé un logement (qui s'est avéré temporaire par la suite!) rapidement, bref, je me suis vite sentie chez moi!

Une fois les adieux faits à l'auberge de jeunesse, les valises déposées dans le nouveau chez soi (certes un peu sombre, un peu cher, un peu bruyant, mais on va faire avec!) il ne nous restait plus qu'à visiter notre nouvelle ville d'adoption.

"Tu verras São Paulo c'est terrible, c'est trop grand, trop pollué, il y a trop d'embouteillages, c'est trop dangereux, il y a trop d'inégalités etc. "
Autant vous dire que je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Mais je n'appréhendais pas plus que ça, j'avais confiance (en ma bonne fée? en mes choix? en mon enchantement facilement stimulable en voyage?)
Et ça a marché: le coup de foudre a opéré immédiatement. D'une certaine manière ces bonnes gens avaient raison, São Paulo c'est "trop". Mais pour moi c'est tellement de choses à faire, tellement de choses à voire, tellement vertical, tellement de mouvement, tellement de jeunes, tellement de musique, tellement de contrastes, tellement différent, ... TROP bien quoi!

Les deux premiers mois ont été un tourbillon de bonnes choses, de folies, de découvertes, de rencontres, de visites, de voyages, de sorties, d'apprentissages, de progrès, d'émerveillements. La vie était trop belle, pour le coup. Et puis au bout de deux mois il y a eu les choses sérieuses. Parce que oui, on est là pour les études - si ce n'est avant tout, au moins en bonne partie.
Et puis il y a des choses que l'on ne vous dit pas mais même à 20 ans, le corps se fatigue. Les sorties, les visites, les voyages, les restos, l'alcool et le reste sont à consommer de manière modéré, il faut le dire. Or nous touchons du doigt une problématique de la 3A dont je ne me serais jamais doutée: la dictature du "aproveitar". Notre temps ici est compté, tout le monde nous répète à l’écœurement que "Ça va passer vite, tu sais!".
Alors, il est interdit de dire non. "On se fait un resto, je connais une adresse super sympa! - Oui.", "On se fait une toile, j'ai entendu parler d'un festival de films super cool! -Oui", "On bouge ce week-end? J'ai des amis qui vont à la plage. - Oui.", "Whaou y a une soirée VIP à Vila Madalena! - Oui.", "On fait les boutiques? - Oui.", "On se fait l'expo X? - Oui.", "Tu sors ce soir? - Ou... NON"
Ce soir, pardonnez-moi, j'ai besoin de rester tranquille, végéter dans mon lit avec une casserole de lait chaud à mes côtés, parce que je suis fatiguée, et que mon compte en banque voit rouge.

Allez, dites-le, je vous entends déjà "Pauvre petite fille pourrie gâtée par la vie et les circonstances!". Oui c'est vrai. Mais même les gens heureux ont besoin de faire des pauses de temps en temps!

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