De fait, j'ai renoncé à faire dans l'original. En ce qui concerne les 3A finalement rien n'est original mais tout est unique. Je ferais donc un blog qui décrira à peu de choses près ce que mes prédécesseurs ont vécu, mais que j'aurais le plaisir de croire rénové pour moi. "Ni toute à fait la même, ni tout à fait une autre", Verlaine et sa femme idéale, moi et les voyages.
J'ai déjà largement entamé ma 3A, d'autant plus qu'au Brésil j'ai foncé la tête baissée dans un 2e semestre (calendrier hémisphère sud oblige!) dès le mois de juillet. Enfin j'ai commencé par un stage de portugais, consciente du fait que j'étais loin d'avoir le niveau pour suivre des cours de fac avec mon élégant portugnol teinté d'un accent français charmant, mais à couper au couteau (celui-ci me colle à la peau d'ailleurs, encore aujourd'hui). Malgré le fait d'être entrée à Sciences-Po pour une 3A au Brésil, je n'ai pas réalisé lors de ma première année, qu'il aurait fallu abandonner l'espagnol pour apprendre le portugais. Je n'ai donc bénéficié que de deux semestres de portugais à Sciences-Po avant de faire le grand plongeon (oui, d'autant plus que le niveau était intensif comme on peut s'en douter!) C'est pour cette raison que j'ai atterrie à la PUC, le Pontifícia Católica de São Paulo. Je dois avouer que je n'aurais jamais choisi une fac privée et catholique de mon plein gré (j'ai été élevée dans la plus pure tradition républicaine et laïque, voire athéiste!) mais la tradition marxiste-révolutionnaire qui suinte de chaque couloir et des lectures obligatoires, offre une perspective différente (et agréable) des habitudes sciences-potistes.
J'ai donc suivi un cours de langue de trois semaines à la PUC même, ce qui m'a permis de me familiariser avec la langue, l'université et quelques étudiants en échange, comme moi.
C'est tout un procédé d'apprendre une nouvelle langue. Surtout que je chantais déjà en yaourth les chansons de mes artistes brésiliens favoris (Milton, Lenin, Seu Jorge sont dans mon top 3, mais je n'oublie pas Caetano, Marisa, Chico, Gilberto et tant d'autres!) Tout d'un coup les paroles de ces chansons s'éclairent, on comprend mieux les allusions des rapports de séjours que l'on a appris par cœur au moment des choix, les conversations des gens dans la rue, dans le metro et dans le bus sont de nouveau sujets à des espionnages indiscrets (mais vous comprenez, c'est pour améliorer mon portugais!)
On commence à pouvoir lire des livres entiers (ma première fois avec Jorge Amado et son Mar Morto, reste un souvenir torride...) On s'amuse avec sa super copine française à parler en portugais, on va voire des films et on constate avec plaisir que l'on a de moins en moins besoin de feindre de rire en même temps que les autres spectateurs. On commence à avoir d'autres conversations avec les brésiliens que le traditionnel "Tu viens d'où? Tu fais quoi au Brésil? T'es là pour combien de temps?" et on commence même à faire des blagues! (Faire rire un autochtone, c'est le jackpot de l'auto-satisfaction)
Mais il y a aussi ce sentiment que quoi que l'on fasse comme effort, il restera toujours cet accent français qui vous rend parfois difficilement audible et qui vous désigne dès le premier "Olà!" comme gringa. Et puis la sensation que quels que soient le temps passé à apprendre ses conjugaisons, sa grammaire et son vocabulaire, la montagne de choses à apprendre ne diminue pas, mais bien au contraire s'agrandit et - dans les mauvais jours - vous fait de l'ombre.
Persistez. C'est simple. Mon portugais ne sera jamais parfait, pas en un an, encore moins en six mois. Mais ce n'est pas grave, l'essentiel est de comprendre, de se faire comprendre et de continuer à apprendre.
Ma 3A n'aurait pas été complète sans ce petit défi supplémentaire, cet aiguillon qui déstabilise certes, mais qui enrichit d'autant plus.
Et puis c'est un peu la raison de ma venue ici: la langue, Milton Nascimento, la musique, Bahia de tous les saints, la forêt amazonienne, le carnaval, la samba, Jorge Amado. (Si je ne cite pas le foot et la feijoada, c'est que je n'en soupçonnais pas encore l'importance!)
Alors avis aux amateurs! Le Brésil, c'est bien plus encore que ce que j'imaginais!
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